Ali BENFLIS

La course contre la montre

El Watan, le 23 juillet 2019

L’Histoire qui s’écrira un jour ne manquera pas de dire que la crise de régime que vit l’Algérie a commencé avec le défi du 5e mandat lancé au peuple algérien. Celui-ci n’a pas courbé l’échine devant la provocation.

Il n’a pas tourné le dos à l’épreuve de volonté à laquelle un pouvoir politique nourri d’arrogance, d’insolence et de mépris entendait le soumettre.

Le peuple algérien a relevé le défi, répondu à la provocation et remporté l’épreuve de volonté dans laquelle il a eu le dernier mot. Le régime politique en place s’est posé comme horizon indépassable ; il a cru dur comme fer qu’il avait l’éternité pour lui ; il s’est convaincu, qu’à jamais, aucune dernière heure ne sonnerait pour lui.

Le peuple algérien en a décidé autrement en exigeant qu’il soit démantelé, pan après pan, et que rien ne lui survive pour rappeler tous les torts qu’il a causé à la Nation et qui ne se comptent plus ainsi que tous les crimes qu’il a commis contre elle et sur lesquels il est difficile d’apposer un nom. Ainsi née, la crise de régime entamera bientôt son sixième mois. Il est parfaitement erroné de prétendre qu’un semestre c’est peu et que cela ne compte pas dans les longs parcours des nations.

Par temps de grave crise chaque jour, chaque semaine et chaque mois qui passent pèsent plus que d’ordinaire. L’Algérie n’a pas le temps pour elle et c’est une évidence.

Aujourd’hui, cinq mois après que la crise de régime ait produit ses premiers effets, chacun d’entre nous peut constater avec beaucoup de regret et de frustration que les solutions qui étaient à portée de main se sont éloignées et que celles disponibles actuellement ont gagné en difficulté, en complication et en complexité.

C’est le propre des crises qui durent de multiplier les défis dans leur sillage. C’est leur particularité de transformer les chemins praticables de leur solution en chemins impraticables en raison de l’accumulation d’obstacles nouveaux que le temps génère dans son passage. Et c’est leur caractéristique de prendre d’autres dimensions qu’elles n’avaient pas à l’origine.

C’est de tout cela dont nous sommes témoins aujourd’hui et c’est en cela que se posent les défis les plus grands que notre pays se doit de relever.

Les crises politiques sont les mères de toutes les autres crises. Dans notre pays, la crise demeure essentiellement politique. Mais elle a incontestablement le pouvoir d’agir en facteur déclenchant sur d’autres crises latentes ou potentielles de nature économique et sociale. C’est là que réside sans conteste le danger le plus grave et le plus imminent qui menace notre pays.

Le règlement de la crise politique n’est pas seulement vital en soi ; il l’est aussi pour prémunir notre pays contre une entrée inévitable dans l’engrenage de la crise économique et sociale dont tous les mécanismes se mettent inexorablement en place. La crise politique actuelle du fait de l’instabilité et l’incertitude qui l’entourent, n’est pas ce qu’il y a de mieux pour faire face à la crise économique et sociale qui s’annonce.

Un Exécutif, dépourvu de légitimité et de crédibilité, n’est pas le meilleur rempart à lui opposer. Une crise politique qui occupe tout l’espace et focalise sur elle toutes les attentions empêche de voir l’horizon économique et social qui s’assombrit et les présages d’autres temps tourmentés qui s’y multiplient jour après jour.

Le scénario cauchemar pour notre pays résiderait dans une convergence des crises politique, économique et sociale dont les effets cumulatifs le feraient entrer en territoire inconnu et le mettraient face à des épreuves d’une tout autre complexité et d’une tout autre envergure qu’il devra affronter en position de faiblesse et dans les conditions les moins favorables.

L’héritage économique de l’ancien régime politique est un champ de ruines. Le haut niveau de dépendance de l’économie nationale à l’égard des hydrocarbures n’a pas bougé d’un iota. La diversification économique a certes produit des slogans sans substance et sans consistance, mais elle a failli à donner quelque souffle que ce soit aux exportations hors hydrocarbures.

Bien plus grave que son échec stratégique à transformer une économie rentière en économie productive, le crime impardonnable de l’ancien régime politique est d’avoir, tout au contraire, organisé de manière méthodique et systémique la mise à sac de la rente elle-même.

Les équilibres macro-économiques que l’embellie financière exceptionnelle des années 2006-2014 faisait apparaître artificiellement comme parfaitement sains commencent à se détériorer les uns après les autres.

Ces fameux équilibres macro- économiques conjoncturels dont le régime politique tirait une vaine gloriole n’ont jamais été le produit d’une économie productive flamboyante ; jusqu’à sa fin survenue à la mi-juin 2014, c’est un renchérissement sans précédent des cours pétroliers qui les maintenait sous stéroïdes avant leur effondrement comme un château de cartes.

Comme subitement atteint de nanisme, le secteur industriel s’est rétréci jusqu’aux limites de l’insignifiance dans la création de la richesse nationale.

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