Mohamed BENALLAL

Un pouvoir fallacieux

paru dans el watan, le 24 mars 2019

«Pendant 20 ans de règne, le président Bouteflika nous a gavé de fleurs mais pas de fruits.»

Les fallacieux ont un vice inné en eux qui leur colle tout le temps à la peau ; ce vice est bel et bien la mythomanie d’un côté, et de l’autre adjacent, c’est la mystification.Que de mensonges et d’affabulations ont-ils pu faire avaler à ce bon et généreux peuple algérien que tout le monde croyait qu’il était extenué, primant plus la passion que la raison ; ne dit-on pas qu’il faut se méfier de l’eau qui dort.

Aujourd’hui en Algérie, la misère est escortée par la pauvreté malgré la richesse en pétrole, en gaz et en ces minerais (cobalt, coltan, titane, or, argent et même le diamant), ces terres rares et arables, ces bancs de poissons, ce bois précieux, toutes ces richesses étaient convoités depuis les premières prédations mercantiles de la France officielle, et ça a continué ; depuis 1999, la rente a été estimée à 1500 milliards dedollars de valeur marchande encaissée depuis l’investiture du président Bouteflika.

L’âge d’or de la période de Houari Boumediène avait été mis en œuvre avec moins d’argent et plus de labeur, de justesse et d’équité soit, 22 milliards de dollars ; cette époque avait permis de chasser la misère et la pauvreté par la mise en place d’outils nouveaux servant à la création de valeur et de richesse au profit de l’Algérie, il n’y avait pas beaucoup de chômage et chaque famille possédait au moins un revenu.

En 20 ans, Bouteflika a dit et insisté sur ce qu’il n’a jamais fait et n’a pu faire : beaucoup de fleurs et moins de fruits ; de là découlaient beaucoup d’allégories qui ont marqué profondément la société algérienne, à savoir la marginalisation générale du peuple, comme argument de tromperie, de corruption, de détournements de deniers publics, d’impunité à tous les niveaux… L’exclusion du peuple des centres de décision faisait place à la médiocrité, cette dernière avait chassé la compétence, la «hogra» régnait en maître, en une injustice flagrante où le téléphone rendait le verdict, la multiplication en nombre des prédateurs, la spéculation chassait la création de valeur et de la richesse par une importation tous azimuts. Devant une telle situation catastrophique ou le chômage est boosté vers un autre horizon ou «el harba» (la fuite) des cerveaux de nos doctes et compétences ; «el harga» (évasion par mer) de nos jeunes chômeurs qui n’ayant pas les moyens d’obtenir le visa du salut vers le pays des «Habachas» et les fugues généralisées de nos athlètes.

Revenons sur ces 20 ans de règne de Bouteflika – 1999-2019 – le bilan réel établi par la société civile, en l’occurrence les doctes, face au bilan fallacieux vanté par le gouvernement de Bouteflika et de ses satellites partisans. Ce bilan marque une série de fausses promesses et de contrevérités majeures émanant de la plus haute institution de l’Etat, à savoir la Présidence, l’écart entre les résultats divulgués par le peuple et ceux du pouvoir nous renvoient à un dévergondage immoral, ou selon le dicton bien de chez nous : «Le peuple fi oued et le pouvoir fi oued akher».

L’engagement d’un contrat social représente en principe l’acte fondateur d’une cité ou d’un pays, il a été traduit par un message lors de l’élection présidentielle de 1999 des engagements portant sur l’amélioration des conditions sociales de la population, mais aussi de l’ouverture du champ politique pour booster un nouveau système basé sur l’alternance au pouvoir et l’instauration d’un Etat de droit ; le système économique est une autre paire de manches déjà traité.

Le discours du 15/4/2011 sur l’état de la nation prononcé par le président annonce le bilan depuis son investiture. Pour ce qui concerne le bilan de son programme économique entrepris par le gouvernement, à savoir :

1- Un million de logements ont été construits certes, mais très mal distribués où les nécessiteux souffrent encore car le «bni-aamiste» faisait la règle et la spéculation menait l’affaire.

2- Le chômage, notamment des jeunes, a reculé selon leurs statistiques, mais les murs sont toujours occupés par le vice de l’oisiveté des jeunes toutes catégories confondues et tous les problèmes sociaux qui s’en suivent et en découlent.

3- L’Algérie a remboursé ses dettes (31 milliards) à l’étranger, alors en homme raisonnable, averti, intelligent et audacieux, il fallait la rembourser par la valeur ajoutée de la force du travail hors hydrocarbures.

4- L’Etat subventionne les produits alimentaires de première nécessité, là n’est pas le problème, un mécanisme technique de solidarité pouvait être institué pour que les pauvres bénéficient directement de cette solidarité et non cette humiliation d’un couffin de Ramadhan où le nombre ne cesse de prendre plus d’ampleur.

5- Un autre programme économique a été lancé pour parachever ces réalisations, mais aucune entreprise créatrice de valeur n’a été instituée, sauf le montage de voitures, de TV, de machines à laver, machines de cuisine et de téléphones portables et de PME dont le taux d’intégration très faible dépend plus de l’importation, ces produits coûtent plus cher à l’Etat où les «input» sont largement supérieurs en valeur à des «output» ; ceci n’est pas une économie et D. Ricardo pouvait bien rigoler de cette bêtise selon sa théorie des coûts comparatifs.

• Du côté social :

– Une lutte inutile sur le problème du chômage ; elle n’a donnée aucun résultat durable, l’Ansej et les autres dispositifs représentaient un fiasco où l’argent a été trop gaspillé (mauvais investissements).

– Un accès aux crédits plus facile pour les prédateurs pour la création d’entreprises via une corruption plus répandue (entreprises d’importation de voitures et d’autres matériels…)

– Des allocations rehaussées pour les chômeurs qui n’ont pas vu le jour.

– Construction de deux millions de nouveaux logements sociaux, dont un million devait être livré avant fin 2014 ; les jeunes et les pauvres peuvent attendre face aux prédateurs et à la maffia des logements et du foncier.

Par ailleurs, Bouteflika parlait de la libération de l’entreprise, elle signifiait la création de la richesse embaumée dans une culture de créativité de valeur bien ajoutée ; c’est celle de l’après-pétrole qui permet de bouleverser la structure actuelle du PIB de consommation en PIB de création de valeur hors hydrocarbures. Ce PIB actuel est sustenté par la marchandisation des hydrocarbures en dollar dont le pourcentage très important du niveau des importations que seul le pétrole et son prix peuvent recouvrer, les conditions pour libéraliser objectivement et positivement l’économie créatrice de richesse à travers un nouveau contexte de l’entreprise par l’instauration d’un environnement du projet de société, par une vision et une stratégie bien conceptualisée du développement et de croissance économique.

Le lundi 16 mai 2011, un communiqué de la présidence de la République avait fixé la date du début des consultations sur les réformes politiques «visant l’approfondissement du processus démocratique et le renforcement de l’Etat de droit» ; c’était le grand espoir et on s’attendait à des changements les consultations débutées le samedi 21 mai 2011.

Par contre, dans son discours prononcé le 15 avril 2011, Bouteflika a annoncé la création d’une commission constitutionnelle «à laquelle participeraient les courants politiques agissants et des experts en droit constitutionnel».

Il avait bien dit et expliqué que la commission «fera des propositions dont je m’assurerai de la conformité avec les valeurs fondamentales de notre société, avant de les soumettre à l’approbation du Parlement ou à vos suffrages par la voie référendaire».

Dans le sillage de cette bonne nouvelle, une commission de consultations politiques dont la présidence a été confiée à M. Bensalah, président du Conseil de la nation, a été installée. Elle a entamé son travail le 21 mai 2011. Elle avait pour mission de collecter les propositions et autres suggestions que les chefs de partis, personnalités nationales et autres représentants de la société civile et du mouvement associatif étaient conviés à faire. Les propositions recueillies ont été transmises au président de la République. Elles ont servi d’outils pour le gouvernement qui a été chargé par M. Bouteflika d’élaborer les lois relatives aux élections, aux partis et à l’information, ainsi que la participation de la femme.

Il avait été dit qu’un programme portant sur :

* la refondation de l’Etat portant sur le processus de la démocratisation de tout le système par l’instauration de l’Etat de droit où seule la loi est reine.

Cela nécessite l’adhésion de toutes les compétences nationales pour mettre en place un Etat fort, capable d’instaurer une confiance entre le pouvoir, l’Etat et la société civile ; un Etat fort est un Etat qui repose sur les règles de droit et qui est au-dessus de tous ; la transparence, la compétence, la crédibilité et un système judiciaire placé sous la seule et unique autorité de la loi et non du téléphone. La politique qui avait été suivie n’avait même pas mis les choses sur pied :

 

– Des réformes pour renforcer la démocratie était dans l’air.

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