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Akufi nt Tikta

Qui gouverne en Algérie ?

TSA, le 29 mars 2019

Cette question se pose depuis longtemps en Algérie dans les discussions quotidiennes et dans les articles de presse où est utilisée l’expression « le pouvoir » pour désigner les gouvernants. Malgré le flou qu’elle implique, nous savons cependant plus ou moins que cette expression renvoie à un mécanisme d’exercice de l’autorité de l’Etat au centre duquel il y a la hiérarchie militaire.

Pour des raisons historiques, l’Etat algérien s’est construit à partir de l’armée, mais l’élite militaire a raté l’occasion d’octobre 1988 pour se retirer du champ de l’Etat. Se substituant à la souveraineté populaire, la hiérarchie militaire ne déclare pas officiellement qu’elle est la source du pouvoir en lieu et place de l’électorat. Mais tout le monde sait que c’est elle qui désigne le président.

Quelle est la structure officielle de l’Etat en Algérie ? Théoriquement il est dirigé par un président élu au suffrage universel à l’issue d’une campagne électorale à laquelle prennent part différents partis, y compris ceux de l’opposition légale. Le président met en œuvre une politique traduite par des lois votées à l’Assemblée nationale par des députés eux aussi élus au suffrage universel. Théoriquement, il y a donc un pouvoir exécutif issu des urnes, un pouvoir législatif représentant de la volonté populaire et un pouvoir judiciaire indépendant qui protège l’exercice des droits civiques des citoyens. Il y a même un conseil constitutionnel qui veille à la constitutionnalité des lois et décrets. Cette structure institutionnelle est portée par des partis politiques qui expriment les différents courants idéologiques de la société et qui se disputent le pouvoir exécutif à travers des élections libres et pluralistes.

Le seul problème est que ce schéma ne correspond pas à la réalité. Par le trucage des élections, le pouvoir exécutif, mandaté par la hiérarchie militaire, empêche le corps électoral de se donner les représentants qu’il veut. La réforme de la constitution de février 1989 a mis fin au système de parti unique, mais le régime a perverti le pluralisme en truquant les élections pour empêcher toute alternance. Le pluralisme a été une façade derrière laquelle l’armée a continué d’être la source du pouvoir en lieu et place du corps électoral.

Si le régime post-88 est sur le point de s’effondrer, c’est parce qu’il n’a pas de cohérence politico-idéologique. En comparaison, le régime de Boumédiène était plus cohérent. Celui-ci disait : les chouhadas m’ont demandé de diriger le peuple pour faire son bonheur. Par conséquent, je suis l’Etat, et celui qui n’est pas content, il n’a qu’à quitter le pays. L’autoritarisme de Boumédiène était cohérent et clair et ne s’encombrait pas d’arguties d’une constitution copiée sur celle de la 5èm république française. Le modèle de Boumédiène a survécu à son fondateur avec un faux pluralisme.

Evidemment, les militaires n’interviennent pas directement en tant que tels dans le champ de l’Etat. Les généraux de l’Etat-Major ont d’autres tâches à accomplir, notamment l’entretien du niveau opérationnel des troupes. Ils ont cependant confié à la direction de l’espionnage la tâche de gérer le champ politique. A l’exception du président désigné par la hiérarchie militaire, ce service d’espionnage appelé DRS, désigne le Premier ministre et supervise avec le président la formation du gouvernement.

Les dernières déclarations de Amar Saidani à TSA le confirment. Ouyahya est désigné comme premier ministre par le DRS. Ce qui signifie que Bouteflika ne nomme pas le premier ministre, et ne choisit pas son équipe ministérielle. Tous ses fidèles ont été éjectés du gouvernement : Belkhadem, Zerhouni, Ould Abbès, Benachenhou.

Le DRS filtre aussi les listes des candidats aux fonctions électives nationale et locale (APN, APW, APC). Il décide des résultats électoraux en donnant aux partis des quotas de sièges en contrepartie de la fidélité au pouvoir administratif. En outre, il noyaute toutes les institutions de l’Etat (police, douanes, gendarmerie…) pour s’assurer que les fonctionnaires ne remettent pas en cause la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est seule source du pouvoir. Le service politique de l’armée infiltre aussi les partis d’opposition, pour les affaiblir de l’intérieur en créant des crises au niveau des directions. Le dernier parti victime de cette pratique est le FFS. Il contrôle la presse par le chantage à la publicité.

La mission du DRS est de dépolitiser la société pour se poser en seule expression politique émanant de la hiérarchie militaire. Ce modèle a pu fonctionner dans les années 1970 parce que l’armée comptait 40 colonels. Il ne peut pas fonctionner aujourd’hui avec 500 généraux qui exercent peu ou prou une parcelle de l’autorité de l’Etat, avec en plus leurs réseaux de clientèle se disputant des parts de la rente pétrolière. L’anarchie militaire au sommet de l’Etat a empêché celui-ci de fonctionner conformément à ses institutions formelles. L’affaire Tebboune le montre clairement.

Après l’annulation des élections par les généraux janviéristes en 1992, le DRS a eu un rôle stratégique dans la lutte anti-terroriste, ce qui lui a donné un poids important dans la prise de la décision politique. Au fil des années, il s’est quasiment autonomisé de l’Etat-Major dont formellement il dépend organiquement. Des généraux se sont plaints de la concentration de pouvoir entre les mains du chef du DRS, le général Tewfik Médiène, connu aussi sous le nom de « Rab Edzair » (Dieu d’Alger). Un conflit larvé divisait la hiérarchie militaire, surtout que les officiers du DRS occupaient des places stratégiques dans les circuits de répartition de la rente pétrolière.

Le conflit entre l’Etat-Major et la direction du DRS éclatera au lendemain de l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine en 2013. Selon les informations qui circulent à Alger, l’Etat-Major a reproché au DRS soit d’avoir manipulé des islamistes pour planifier l’attaque de ce complexe gazier (c’est ce que affirme Amar Saidani), soit d’avoir été incapable de protéger un endroit stratégique d’extraction de la rente pétrolière. L’Etat-Major a décidé la réorganisation du DRS, après avoir mis à la retraite plusieurs généraux. L’un d’eux, le général Hassan a été arrêté et condamné par un tribunal militaire à 5 ans de prison.

Mais l’Etat-Major n’a pas informé le public sur les raisons de cette restructuration des services de sécurité. Il a demandé à Amar Saidani, responsable du FLN à l’époque, d’attaquer le général Tewfik qu’il a accusé de s’opposer à l’Etat de droit, à la liberté de la presse et à l’autonomie de la justice. Un étudiant en sciences politiques avait écrit sur sa page Facebook : « A la tête du FLN, Saidani a eu le temps de lire Jean-Jacques Rousseau ! ». Une fois le DRS réorganisé, l’Etat-Major a mis fin aux fonctions de Saidani à la tête du FLN.

Suite à cet épisode, le DRS a été divisé en deux parties. L’une sera chargée de l’espionnage pour défendre les intérêts du pays contre les ingérences de puissances étrangères, et l’autre confiée au général Bachir Tartag chargée de la gestion de la société civile et aussi de la surveillance des fonctionnaires de l’Etat. Le bureau de Tartag a été domicilié à la présidence pour montrer qu’il est sous l’autorité du président. Le DRS propage les rumeurs selon lesquelles Bouteflika aurait domestiqué l’armée. Avant de mettre à la retraite le puissant général T. Médiène, il aurait mis fin aux fonctions de Mohamed Lamari, alors chef d’Etat-Major. La vérité est que ce dernier a été démis par l’Etat-Major après ses déclarations au journal Al-Ahram et à l’hebdomadaire français Le Point en 2004 où il montrait que l’armée est au-dessus du président. Les généraux, dont l’autorité est en effet au-dessus de celle du président, ne veulent pas que cela se sache.

Cette propagande vise à cacher la véritable nature du régime algérien où la hiérarchie militaire exerce le pouvoir réel. Il existe bien sûr le clan de Bouteflika, composé de ses frères, d’importateurs et d’entrepreneurs de travaux publics. Ce clan a le pouvoir de relever de ses fonctions un responsable de douane qui refuse de violer la règlementation, de suspendre un wali qui aura été nommé par un clan rival, de muter au sud un magistrat soucieux de l’application de la loi, de bloquer une entreprise comme Cevital, etc. Mais le pouvoir, ce n’est pas violer la loi. Ces abus de pouvoir ne se produisent que parce que l’armée refuse que la justice soit autonome. Le clan de Bouteflika est né et a grandi à l’ombre d’un système politique centré sur l’armée. Il a donné naissance à une bourgeoisie monétaire vorace et prédatrice qui se nourrit de marchés publics, associant des enfants de généraux dans des activités commerciales d’importation.

Où en est-on aujourd’hui et comment sortir de la crise actuelle ? Composée de jeunes généraux nés dans les années 1950 et 1960, la hiérarchie militaire doit répondre à la demande de changement de régime exprimée par des millions de citoyens. Elle ne devrait pas faire les erreurs fatales des hiérarchies précédentes qui ont opéré quatre coups d’Etat (1962, 1965, 1979, 1992), tué un président et fait démissionner deux.

L’évolution de la société algérienne exige un réajustement de l’Etat en fonction des transformations culturelles et sociales des dernières décennies. Si ce réajustement est refusé, le mouvement de protestation va se radicaliser et beaucoup de sang coulera. Les jeunes généraux doivent être à la hauteur des exigences de l’histoire.

Le Hirak vs l’Etat bureaucratique et rentier

« Le mal de vivre et la volonté d’être »* sont si contradictoirement présent en chacun que souvent c’est dans l’ailleurs que l’on cherche la solution au péril de sa vie s’il le fallait. C’est moins dans la mystification de cet ailleurs que dans l’impossibilité de trouver l’équilibre fondamental dans sa propre société, pourtant si chérie, que réside l’équation impossible à résoudre.

Face aux problèmes de plus en plus complexes auxquels sont confrontés la société algérienne et l’algérien d’ici, l’État, dans son ensemble, réagit de manière bureaucratique, improvisée et souvent en mettant à nu l’incompétence de ses dirigeants à tous les niveaux. L’État fait du surplace alors que le monde se transforme à un rythme vertigineux avec des effets profonds sur la société. Le trésor public est dépouillé sans vergogne par une couche parasitaire de parvenus incapables de s’ériger en classe dominante en mesure de diriger des processus de création de richesse et de refonder l’économie. Les transferts sociaux deviennent intenables, servent généreusement la spéculation et la contrebande et ne peuvent plus garantir « la paix sociale » ni empêcher la paupérisation de larges couche de la population. La saignée des fruits de la rente pétrolière vers l’étranger et le gaspillage inadmissible de cette dernière s’accompagnent d’un blocage effarant de l’économie, des entreprises, des investissements de particuliers et même des IDE. L’appareil judiciaire se débat dans les mailles de la corruption et le citoyen en paye de plus en plus le prix, l’école et tout le système de formation, malgré leur coût, ne produisent ni aptitude ni compétence et baigne dans copiage et le plagiat, le système sanitaire complètement anachronique, déstructuré est abandonné à la rapine au détriment du patient et du praticien honnête. ..Aujourd’hui, ce sont TOUS les secteurs de l’activité économique, sociale et culturelle qui sont en crise et connaissent une situation de blocage. C’est un statut quo qui perdure et, manifestement, prouve l’incapacité de l’État rentier de se perpétuer. L’État bureaucratique et rentier a atteint ses limites et son obsolescence. L’émergence de l’individu, de la citoyenneté et de la modernité sont contrariés par l’État, par ses lois, par son fonctionnement, par ses fonctionnaires, par sa nature.

La mal-vie du citoyen est ressentie non seulement à travers ses conditions matérielles d’existence mais aussi dans son rapport aux autres, dans ses problèmes existentiels et dans les nombreuses contradictions non résolues de la société. Depuis des décennies, l’État s’est progressivement distancié de la société et ses pouvoirs politiques successifs ont stratifié l’illégitimité jusqu’à l’épuisement. Cet État est incapable de réforme et de refondation, il s’est tragiquement délesté de ses ressources humaines et compétences. Cet État met en danger l’existence même du pays ! A quoi bon garder jalousement et courageusement ses frontières alors que l’essentiel de sa richesse s’envole continuellement ailleurs, que des dossiers épineux relatifs à la défense nationale et aux personnalités de l’État se retrouvent sur le marché étranger du plus offrant et que le peuple se fatigue de ne plus croire en le jour qui se lève. « L’Algérie Nouvelle » n’est qu’une nouvelle illusion qui transforme en comédie ce qui fut une tragédie pour le pays.

Avec une dimension historique encore plus importante, le Hirak est l’équivalent des manifestations de décembre 1961. Alors que l’ALN des maquis, isolée, n’en pouvait plus face à la tactique guerrière du général Challe , ces dernières avaient redonné un souffle magistral à la révolution algérienne et évité au GPRA d’aller aux négociation avec un profil bas. Le peuple avait dit son mot, l’opinion internationale l’avait entendu !

Avec son mot d’ordre initial « DJICH, CHAAB KHAWA, KHAWA », le Hirak faisait appel légitimement et patriotiquement à l’ANP pour accompagner une transition ver l’État de droit et une Algérie de l’émergence. L’État Major de Gaid Salah rejeta cet appel et opta pour une politique de division (drapeau Amazigh), de répression, de fabrication de faux leaders du Hirak et de diversion (Novembria-Badissya). Trop d’officiers supérieurs étaient déjà gangrenés par la corruption et la trahison. Ce mot d’ordre fut progressivement abandonné dans la désillusion et le rejet des généraux. Les figures de proue du clan Bouteflika sont jetés en prison mais leur procès ne furent que parodie judiciaire évitant, du même coup, la mise en accusation du « système » de gouvernance du pays et du président déchu lui-même. On y découvre les montants faramineux détournés en prenant soin de ne pas dévoiler les mécanismes qui ont permit cette gabegie ainsi que l’ampleur des manques à gagner, l’Algérie avait simplement été empêchée d’émergence. L’entetement à vouloir rester « dans le cadre institutionnel » et à légitimer le remplacement d’un clan par un autre ne fait aucunement changer de nature « le système », le pouvoir politique et l’État. En moins d’une année, après la parodie présidentielle et le catastrophique référendum sur les amendements de la constitution, nous voici encore à être dirigés par un cabinet noir et à chercher une issue « institutionnelle » à l’incapacité du président à assurer ses fonctions. Le pseudo-rajeunissement du personnel politique tourne, en quelques mois, au ridicule offrant à la vitrine publique des visages arrivistes puisés dans le même sérail, dans la même pépinière de fabrication de « fils à papa » arrogants et encore plus incompétents que leurs géniteurs. La mise en avant des quelques vieux intellectuels de gauche et la subordination de la majorité des médias, n’a fait que rajouter au sentiment de haute trahison. Le processus de maturation de la conscience sociale et politique des citoyens ne fait, malgré tout, que se renforcer dans la douleur alors que « les opposants » de tous bords pataugent dans les lamentations habituelles, dans les discours faits de succession de slogans galvaudés et dans une stérilité intellectuelle, politique et organisationnelle pathétique.

Comme une immense tempête, la pandémie du COVID-19, bien qu’utilisée à outrance par l’autorité publique pour tester de nouveaux dispositifs « sécuritaires » et accentuer la répression de jeunes activistes du Hirak, a mis à nue toute la fragilité et l’obsolescence des institutions, la profondeur et l’étendue de la crise structurelle de notre économie, de l’administration publique et l’incompétence congénitale des décideurs à tous les niveaux. Seuls l’engagement volontaire et l’abnégation d’une partie du personnel des structures sanitaires publiques et de celui de groupes de citoyens a permis d’éviter le pire. Le Hirak populaire avait déjà décidé avec lucidité de suspendre les marches hebdomadaires à cet effet et quelques intellectuels s’évertuent toujours, non sans talent, à essayer d’en saisir l’essence. Par ailleurs, des masses d’opportunistes et de mercenaires politiciens en profitent pour se prévaloir de sa représentation, de sa « structuration »…avec l’ambition d’avoir la meilleure place possible dans le « nouvel échiquier politique » et dans « la société civile », non moins servile.

Aujourd’hui, l’horizon semble s’estamper, l’espoir national né du Hirak mis en veilleuse, SONATRACH plus malmenée que jamais, l’économie, mise en berne, continue son deuil des entreprises et emplois sacrifiés à l’autel de la mauvaise gestion de la crise Covid et de l’irresponsabilité des gouvernants alors que quelques entreprises de puissances étrangères y trouvent, plus que jamais, leur jardin d’éden et s’accaparent de marchés juteux grace à des cahiers de charges faits à leur mesure. L’Algérie se fait dépecer, son pouvoir politique se complaît dans son lamentable agenda, voué d’avance à l’échec, et dans le discours triomphaliste alors que des couches encore plus larges de la population se dirigent ver une paupérisation dangereuse et une insécurité inquiétante. Le projet de loi de finance 2021 confirme la volonté d’accélérer l’agonie des entreprises algériennes, la sur-bureaucratisation de l’État et ses capacités coercitives. Le Hirak n’a pas encore eu raison de l’État bureaucratique et rentier !

Une nouvelle pensée, un nouveau courant politique doivent émerger!

Si le sens commun et l’intuition populaire sont un repère majeur pour l’homme politique révolutionnaire, une base doctrinale et une pensée opératoire lui sont indispensable s’il ne veut se perdre dans les méandres de la compromission, l’errement sans perspective et le discours démagogique. Les idéologies traditionnelles ont été consommées jusqu’à devenir des caricatures et des épouvantails inopérants servant plus à la propagande bon marché qu’à mobiliser des forces à mettre en mouvement ou à cacher l’incapacité de leurs promoteurs à se mettre au niveau des enjeux du troisième millénaire. Le discours politique ne se construit pas uniquement avec des mots et de vieux clichés galvaudés mais sur la base d’une pensée audacieuse et courageuse car nécessairement porteuse de ruptures et d’engagements.

Les frontières des pays n’ont jamais été figées tout le long de l’Histoire de l’Humanité, des Nation ont été défaites à jamais et pour certaines reconstruites sur de nouvelles bases, des cultures et des langues ont disparu et d’autres ont évolué et se sont adaptées aux nouveaux besoins des humains, les religions ont joué des rôles radicalement différents suivant les époques historiques, nombreuses sont celles qui ont disparu et seules celles qui répondent le mieux aux besoins spirituels de l’Homme trouvent consécration en se départant progressivement de leur caractère guerrier et de leur ambitions politiques. La pensée rationnelle est l’outil du progrès et du développement, la pensée magique est celui de la régression et de la justification du crime et de l’injustice. Repenser le politique, dans ce cas, ne peut s’accommoder de constantes ou de sacralisation, il s’agit de débusquer les mythes fondateurs de notre aliénation et dépendance aux néocolonialismes. Il s’agit d’identifier et de démanteler ces liens visibles ou invisibles qui enchaînent le devenir de nos enfants aux systèmes dominateurs locaux ou étrangers, de pointer du doigt les thèmes récurrents qui font diversion dans le débat politique et qui engendrent de faux clivages qui couvrent les enjeux réels et les intérêts contradictoires. Ces mythes sont toujours et d’abords incubés dans les questions identitaires afin de contraindre l’émancipation de la Nation, de la fractionner et de ghettoïser ses multiples composantes, c’est aussi la question de la religion et de la langue qu’on relie directement entre elles dans la mesure du possible, de déclarer une Histoire officielle décidée par des gens du pouvoir sans compétence requise alors que cela relève de chairs universitaires et de recherches méticuleuses, documentées et méthodologiquement recevables…

A titre d’exemple que signifie la triptyque « arabe, musulman, amazigh » qui qualifierait l’identité algérienne ? Tout arabe, musulman et Amazigh serait-il de fait algérien ? L’Afrique, la méditerranée seraient-elles étrangères à notre identité ? Ceux qui sont restés juifs ou chrétiens bien qu’issues des racines les plus profondes de notre Histoire, ne seraient-ils pas algériens car non-musulmans ? Ceux qui sont de souches européennes depuis des générations et qui ont donné leurs meilleurs enfants pour l’indépendance de l’Algérie se reconnaissent-ils dans ce champ de définition ? D’une population entièrement Amazigh qui peuple l’Afrique du Nord depuis des millénaires nous serions devenus arabe par je ne sais quelle magie de la génétique alors que « les arabes » eux-mêmes (entendre les saoudiens) ne nous reconnaissent même pas cette parenté à juste titre. N’est-ce pas en 1949 que le leader du nationalisme de l’époque, pour des raison tactiques et d’alliance, avait créé une crise dans le mouvement national en déclarant que nous étions un pays arabe ? On appartiendrait à un monde arabe qui n’a d’existence que virtuelle et mystique et sur lequel nous édifions nos projets de sociétés ! Langues nationales et officielles se font l’objet de luttes politiques et idéologiques sur aucune base scientifique et académique. De la haine et générée par ce type de problématiques car mal posées et sciemment entretenues par ceux à qui profite le crime. Imaginons, un instant que les USA, superpuissance, qui s’amuseraient à définir leur « identité » à partir des origines et croyances des uns et des autres, à quoi ressemblerait leur constitution ? Imaginons aussi que tous les pays de l’Amérique latine se déclarent espagnols (exception faite du Brésil qui serait portugais) et quels serait l’ampleur de leurs nouveaux problème qui viendraient s’ajouter aux très nombreux dus à leur proximité du « maître du monde » ! Des puissances prédatrices n’en finissent pas d’instrumentaliser l’islam et de maintenir des populations entières dans une arriération insupportable, à financer des hordes de mercenaires « djihadistes » et de prêcheurs schizophrènes, à fomenter tout type de crises et de guerres civiles d’un autre temps, à subventionner des centaines de milliers de livres, vidéos, médias et sites internet pour continuer à pomper paisiblement les richesses des sous-sols des pays ciblés et amener nos élites illuminées vers des pistes sans fin relatives à un « islam politique modéré », une « démocratie islamiste » à l’image de la Démocratie Chrétienne etc. Manipuler la foi est aussi un autre pan de la stratégie d’aliénation et d’entretien d’une haine injustifiée entre ces populations qu’on vide de leur substance intelligente au passage tout en formant et en entretenant une intelligentsia de pacotille occidentalisée d’un coté et fortement arabisée et orientalisée de l’autre. Il s’agit d’entretenir ce déchirement éternel entre l’Occident d’un coté et l’Orient de l’autre sans qu’aucune synthèse ne paraisse possible. L’islam politique, sorti tout droit des laboratoires anglo-saxons au même titre que les dynasties des pays du Golfe ressemble à la créature de Frankenstein et ne peut historiquement être le vecteur sur lequel s’épanouissent l’individu, la citoyenneté, la Nation moderne. Jusqu’à sa disparition, il sera instrumentalisé par différents maitres. Bien-sur que de nombreux crédules confondant spiritualité, morale et politique continueront à essayer d’y trouver leur projet de société idyllique, se méfient pathologiquement de ce qui n’est point religieux…c’est dans une nouvelle pédagogie qu’ils trouverons, pour la plupart, une réponse à leurs questions.

« Les démocrates » des pays sous-emprise, dans leur forme organisée, ressemblent, à trop s’y méprendre, à de vieilles cellules et cercles déportés singeant contenu et formes de luttes d’ailleurs sous couvert d’une universalité que trop restreinte. Sinon comment expliquer leur peu d’impact sur leur propres sociétés, leur effritement sur un échiquier sur lequel se déroulent des batailles qui ne sont pas de leurs peuples. La conception de la « laïcité » est intégralement calquée alors que nos sociétés sont fondamentalement différentes. Même la notion de droite et de gauche ne semble plus opérante pour dévoiler les véritables contradictions d’intérêts d’autant que c’est souvent contre des pratiques plus féodales que « capitalistes » qu’il s’agit de se battre. « La Démocratie » est érigée en simples techniques de désignation de représentants alors que, dans sa forme occidentale évoluée, elle ne cesse de montrer ses limites et le poids déterminant des lobbys, de l’argent, de la finance et des médias eux mêmes sous contrôle des puissances financières. « La constituante » devenue un slogan bien creux notamment au vu de l’expérience tunisienne, continue à être le leitmotive d’activistes sans perspectives et sans imagination. Les thématiques à repenser sont encore nombreuses et nécessitent, là aussi, de l’innovation et l’apport de tous nos intellectuels en particulier ceux de la diaspora qui disposent de sources autrement plus importantes. Il s’agit, au fait, de faire éclore une nouvelle pensée Nord-Africaine orientée vers le développement durable et les enjeux du siècle. En effet, aux expériences et politiques différentes, nos pays subissent le même « embargo », les mêmes néocolonialismes, demeurent sous l’emprise des mêmes mythes aliénants et des mêmes problèmes sociétaux et problématiques politiques. Le nouveau courant politique sera nécessairement Nord-Africain avec ses compartiments nationaux indépendants mais convergents et un projet commun qui restera à définir. Les perspectives seront Nord-Africaines ou ne seront pas ! L’Afrique du Nord ne sera plus jamais assimilée à une sorte d’annexe du Moyen-Orient ni à une chasse gardée de pays européens ou d’une quelconque puissance. C’est un projet de l’émergence commune, du combat commun ou chaque pays gagnera aussi de la puissance des autres. C’est un projet d’une nouvelle puissance légitime géopolitique et économique sur la rive Sud de la méditerranée . C’est à partir de ce socle que se feront les stratégies et tactiques spécifiques à chaque pays du Maghreb et c’est dans leur union que réside la possibilité d’émergence. Croire que faire chuter un régime politique suffit pour accéder à ce droit est une myopie stratégique qui se paye cher. L’alternative se pense, se diffuse et s’organise autant pendant les périodes d’accalmie que pendant les situations révolutionnaires ou de grandes effervescences. * Poème de Bachit Hadj Ali

 

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