Les nouveaux horizons

Liberté, le 08 avril 2019

Le débat doit commencer immédiatement sur les questions de société pour précisément nous éviter les grandes surprises, notamment le retour aux aventures dont nous avons connu le coût.

Introduction

On assiste depuis le 22 février 2019, à un sursaut populaire jamais égalé et qui a la caractéristique d’être national. Un sursaut qui s’est répandu à une vitesse inouïe grâce au réseau internet. Ces révoltes des couches sociales les plus diverses et de toutes les catégories professionnelles sont le résultat d’un mal-être général. Mais cela ne fait pas une révolution comme on l’entend dire. Pour que cela se réalise, il est obligatoire que ces pans de la société construisent des passerelles, qu’ils se rencontrent pour qu’une élite émerge et propose un projet de société avec des objectifs à atteindre. On aura compris qu’un ras-le-bol, aussi légitime soit-il, ne peut représenter un projet. Les révoltés savent ce qu’ils ne veulent pas mais, pour le moment, ils n’ont pas dit ce qu’ils veulent. Il est grandement temps. Il ne faut surtout pas différer d’éventuels conflits sous prétexte qu’il faut sauvegarder l’unité du moment. L’euphorie et le mythe de l’unité n’ont jamais abouti à des solutions durables.  Le débat doit commencer immédiatement sur les questions de société pour précisément nous éviter les grandes surprises, notamment le retour aux aventures dont nous avons connu le coût. La raison et la sérénité doivent l’emporter sur l’émotion et l’excitation pour construire une Algérie plurielle, celle de l’inter-tolérance.

Un mouvement “spontané” ?

S’agit-il réellement d’un mouvement spontané ? Je n’en ai pas personnellement connu mais la question importe peu si ces manifestants s’autonomisent d’une éventuelle manipulation. Cette dernière serait alors salutaire et je pourrai même dire merci au manipulateur. Cette société en mouvement a su créer un rapport de forces qui a obligé le pouvoir à reculer mais sans totalement céder parce qu’il garde l’espoir de revenir, par le louvoiement, sous d’autres formes. Une technique dont il a la maîtrise.  
Les manifestants sont d’autant plus déterminés qu’ils sont pacifiques. Ils ont su capitaliser les noires expériences que nous avons vécues. Ils sauront fermer la porte aux aventuriers qui ne manqueront pas de se rendre visibles à plus ou moins longue échéance.

Le MCB, précurseur de la contestation/revendication

Le Mouvement culturel berbère a ouvert la voie. Le printemps amazigh a brisé le mur de la peur. Il l’a lourdement payé pour avoir osé affronter un pouvoir militaro-policier des plus durs. Ce mouvement de contestation/revendications posait déjà en 1980, des questions qui concernaient toute la nation. Pour ne citer que les trois premières revendications : libertés démocratiques, liberté d’expression, tamazight et arabe algérien. Malheureusement, la conjoncture de l’époque n’avait pas permis aux animateurs de l’étendre au reste de la nation même si de nombreuses délégations de toutes les régions du pays sont venus s’enquérir des réalités des revendications. 
Malgré tout, ce mouvement a fait des émules. Des contestations citoyennes ont vu épisodiquement le jour dans tout le pays jusqu’à aboutir, il faut l’espérer, à ce qui deviendra une véritable révolution, d’abord des esprits. 

Les dangers auxquels s’exposent le mouvement : “le saucillonage” et la manipulation

Il faut être naïf pour croire que l’évolution du mouvement sera simple et linéaire. Ce serait sans compter sur les manipulations du pouvoir encore en place.Déjà, est distillé, à travers la Toile, un discours visant à fractionner le peuple. On oppose les jeunes aux moins jeunes, le peuple aux élites, les amazighophones aux arabophones, les hommes aux femmes… Un discours qu’il faut débusquer pour mieux le combattre. Il nous faut être convaincu que tous les segments de la société sont nécessaires à la construction d’un nouvel ordre. Il faut aussi refuser de se prêter au jeu de la surenchère. Les plus zélés ne représentent pas forcément les forces du changement.Il faut aussi attirer l’attention sur la notion du jeunisme qui consiste à faire croire que la jeunesse peut tout. La jeunesse est un état biologique non une compétence. 
Méfions-nous aussi de la peuplecratie  qui veut que le peuple peut tout refaire seul, tout de suite, sans intermédiaire. Le politiquement correct oblige malheureusement à céder au populisme savamment entretenu par le pouvoir mais aussi par les experts de l’opportunisme. En outre, c’est pendant ces périodes floues mais euphoriques et pleines de certitudes qu’éclosent les ego et les ambitions les plus démesurées. Beaucoup s’estiment déjà ministrable ou présidentiable.
Bien sûr que toute la société s’est réveillée mais il lui faut faire émerger ses élites et cela nécessite du temps.Il faut être vigilant. Des voix s’élèvent pour pousser à la retraite la classe des plus âgés. J’ai dit plus haut que le jeunisme est une idéologie qui casse la continuité intergénérationnelle. Ces mêmes voix appellent aussi à rendre caducs les partis politiques d’opposition qui ont fait beaucoup avec peu, malgré les contraintes imposées par le pouvoir en place. Un discours insidieux veut faire croire que les élites ne connaissent pas les difficultés que vivent les classes dites populaires. C’est ignorer qu’en Algérie, il n’y a jamais eu d’aristocratie, ni de bourgeoisie (je ne parle pas des nouveaux riches) et que tous les citoyens viennent du même peuple. Enfin les “fake news” viennent compléter le tableau pour polluer le mouvement.

Le système politique algérien

Le système politique algérien est autoritariste. Il s’agit d’un régime de confusion de pouvoirs sous une appellation erronée de régime présidentiel. De fait, c’est une autocratie où les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont détenus par le seul président de la République, lui-même représentant une oligarchie complexe faite de l’armée, de politiques affidés et d’affairistes qui, tous ensemble, profitent de la manne pétrolière. 
Le régime est à la limite du totalitarisme représenté par un parti dominant – le FLN dont le président est le chef de l’État ; un parti satellite, le RND ; de nombreux partis croupions. Face à eux, quelques partis d’opposition qui font ce qu’ils peuvent avec toutes les contraintes imposées par un système qui a imposé une idéologie hybride à contours flous. Pendant des décennies, le pouvoir a gouverné par la terreur avant d’opter pour une emprise plus soft mais néanmoins implacable. Sanctions administratives, carrières contrariées, racket… sont devenus des outils de perpétuation du pouvoir. 

L’organisation de l’État algérien

L’État algérien est l’État centralisé par excellence. Il s’agit d’une photocopie du modèle de la France coloniale. 
Une bonne partie de nos malheurs vient de ce choix que nos gouvernants ont su préserver et renforcer dans la mesure où il leur permet d’être omnipotents et omniprésents par leurs relais politico-administratifs classiques mais aussi par les communautés sectaires traditionnellement alliées à toute oligarchie dominante. Dans ce type d’État, tous les citoyens sont soumis à la même volonté politique et sur lesquels s’appliquent les mêmes lois et règles. 

Ses éléments constitutifs :
1/Le jacobinisme : 

Je disais dans une contribution à un quotidien national que nous étions les victimes collatérales d’une lutte, entre les Jacobins et les Girondins, qui s’est déroulée en France il y a plus de deux cents ans. 
Le jacobinisme se traduit par le rejet des corps intermédiaires, l’autorité publique souveraine et indivisible domine la société civile. Globalement, ce modèle est caractérisé par une volonté d’effacer tout particularisme. La devise est : une nation, un État centralisé, une langue, une religion, un hymne, un drapeau.
2/L’idéologie arabo-islamisme :
C’est le deuxième élément du système. Les Ulémas (parti assimilationniste avant 1956), le nassérisme, le messalisme largement acquis aux thèses de Chakib Arlan (nationaliste arabo-islamiste) et d’une manière générale le monde arabe ont été la source d’une idéologie arabo-islamiste largement relayée par une école aux ordres. Une école, faut-il le dire, de la régression et de l’obscurantisme à l’origine des thèses fondamentalistes dont on connaît les malheureuses conséquences. Mais une école où n’ont pas été formés les enfants des privilégiés qui ont choisi d’envoyer leur progéniture dans les écoles de l’Occident tant décrié.
3/L’armée :
L’armée est le socle du pouvoir en Algérie, tous les chefs de l’État ont été intronisés par la “grande muette”. Le FLN, parti du pouvoir et de pouvoir, est lui-même présidé par le chef d’État, lequel nomme et limoge tous les présidents des hautes institutions du pays. Même les hauts responsables des grandes entreprises étatiques n’échappent pas aux enquêtes administratives diligentées par les services spéciaux. En d’autres termes, l’armée algérienne a toujours organisé, de manière indirecte, la vie politique, administrative et économique du pays. Présidents, gouvernements mais aussi hommes d’affaires savent qu’il faut être parrainé pour survivre. 

La stratégie de reproduction du système

Le système politique algérien est passé maître dans l’art de se reproduire. Dès 1962, les maîtres des lieux se sont emparés des institutions de formation des consciences que sont l’école, les médias, la mosquée, les maisons de jeunes et tous les lieux de rencontre de la jeunesse. La corruption, les discours soporifiques, la menace et la sanction sont venus aliéner les esprits insuffisamment formatés.

La nature du régime politique algérien

Absolutiste et arbitraire, le pouvoir fait fi de sa propre Constitution, de ses lois et règles. Souvenons-nous de la fameuse phrase de Zerhouni, alors ministre de l’Intérieur, pour qui “la loi n’est pas un problème”. Sans vergogne aucune, le pouvoir a commencé par proposer de maintenir le président au-delà de son mandat. Il est vrai que la Constitution qui lui octroie tous les pouvoirs de nomination autorise toutes les dérives. Cette Constitution fait du chef de l’État un autocrate et lui confère un pouvoir quasi absolu. 
À cela s’ajoutait un culte de la personnalité sans limite, entretenu par une propagande soutenue férocement par les thuriféraires du pouvoir et tous ceux qui en tirent privilèges. Forcé de quitter le pouvoir, il laisse malgré tout les membres de son clan, représenté notamment par les 3B. 
Si cette œuvre de salubrité doit se continuer très rapidement, il reste que l’armée se doit de devenir républicaine pour être au service d’un gouvernement civil, issu d’un processus démocratique, et seul habilité à gouverner. 
L’Algérie a la chance d’avoir des jeunes généraux et des jeunes colonels à même de construire une armée moderne faite de professionnels. Le contingent viendra en appui comme simple réserve et six mois suffiraient largement pour l’apprentissage du maniement des armes. Ainsi pourront-ils accomplir leur unique mission, défendre la nation.

À propos de la Constitution

Aucune de nos Constitutions n’a répondu à la volonté du peuple. Dès la préface, l’Algérie est définie comme terre arabe, un non-sens historique, les Imazighen étant des protos méditerranéens, donc les premières populations d’Afrique du Nord. Il faut simplement rappeler que si l’islamisation du pays remonte au VIIe siècle, l’arabisation n’a véritablement commencée qu’au XXIe siècle.

L’article 2 instituant l’islam comme religion d’État est ségrégationniste. La Constitution doit accorder les mêmes droits et devoirs à tous les citoyens. Tout Algérien doit se reconnaître dans ladite Constitution.
L’article 4 ne reconnaît pas la pleine égalité des langues du pays puisque, contrairement à la langue arabe, tamazight n’est pas langue d’État. L’article 212 n’inclut pas tamazight dans la liste des six invariants que les Constitutions futures ne peuvent remettre en cause. Le doute est donc permis quant à l’honnêteté de ceux qui ont initié et rédigé cette loi fondamentale. À cela s’ajoute le régime présidentialiste qui octroie au chef d’État des pouvoirs monarchiques puisqu’il nomme tous les présidents des hautes institutions, annulant de fait le principe de séparation des pouvoirs.

La Constituante :

Il s’agit tout simplement d’une Assemblée chargée d’établir une Constitution. Le choix des membres est donc déterminant dans la mesure où ils peuvent orienter la rédaction en fonction de leur propre orientation idéologique. C’est pourquoi, la Constituante doit être représentative du peuple dans sa diversité. Faut-il encore que les rédacteurs trouvent un compromis raisonnable pour réécrire une nouvelle Constitution qui réponde aux vœux de tous.
Faut-il encore, durant la rédaction, tenir compte des pré-requis ou invariants qui ne doivent, en aucun cas, être sujets à négociations pour éviter de renouer avec les vieux démons de l’islamisme. L’Algérie ne peut être qu’une République démocratique (mais sans tyrannie de la majorité) moderne et progressiste. Elle se doit de reconnaître l’égalité des sexes, y compris en matière d’héritage. L’Algérie nécessairement plurielle (multilingue, multiculturelle, multicultuelle) œuvrera à la promotion d’une pleine citoyenneté. Si un consensus est trouvé, le texte doit être entériné par voie référendaire. L’Algérie se donnera alors une nouvelle Loi fondamentale. Plus vite sera formée la Constituante, plus vite sera une meilleure sortie de crise. Mais rapidité ne signifie pas précipitation. Ces constituants doivent émerger des débats populaires qui demandent nécessairement du temps. On pourrait imaginer un système pyramidal dans lequel émergeront progressivement les délégués de quartiers et villages qui éliront les délégués de wilayas, lesquels désigneront à leur tour les représentants de la nation d’où sortiront enfin les constituants. Cela prendra un mois pour les débats de villages et quartiers, un mois pour ceux des communes, un mois pour les wilayas et un dernier mois pour ceux qui représenteront toute la nation. Si les échanges sont sérieux et sereins, la Constituante émergera ainsi démocratiquement au bout de quatre mois.

Quel État pour une stabilité durable ?

Je vais commencer par reprendre simplement ce que chacun peut apprendre dans n’importe quel livre de droit constitutionnel. Il existe deux types d’État. L’État unitaire et l’État fédéral. 
L’État fédéral est, généralement, un État construit par scission d’un grand pays (à l’exemple des USA) ou par fusion de plusieurs petits pays (à l’exemple de la Suisse).
*L’État unitaire se subdivise en État unitaire centralisé, État unitaire décentralisé et État unitaire régionalisé.
L’État unitaire centralisé est assimilé à une pieuvre dont la tête et le ventre se trouvent dans les quartiers huppés de la capitale et les tentacules dans le reste du pays. Les tentacules ont pour fonctions de protéger la tête et nourrir le ventre. Voilà à quoi ressemble notre pays où toutes les régions travaillent pour la seule vraie capitale réduite aux quartiers riches d’Alger. Une région privilégiée où sont installés tous les décideurs politiques, culturels et militaires ainsi que tous les états généraux des grandes entreprises économiques et des partis politiques
y compris d’opposition. 
L’État unitaire décentralisé n’est qu’un leurre (pour reprendre J. Attali). Les gouverneurs nommés pour gérer de grandes régions dépendent en réalité du gouvernement central. Pour peu qu’une décision n’ait pas l’aval de ce dernier celle-ci est abrogée et le gouverneur limogé.
L’État unitaire régionalisé, autrement appelé Etat-régions, répond à mon avis à la gestion d’un aussi grand pays qu’est l’Algérie d’autant que nos populations sont naturellement diversifiées. Le découpage territorial se fera sur la base de régions naturelles. Les frontières respecteront des critères qui peuvent être géographiques, linguistiques, culturelles, économiques… Donc des critères faciles à déterminer. Ceci dit, tous les Algériens sont partout chez eux. Pour avoir le statut d’électeur régional, il lui suffira de prouver une résidence réelle (vie familiale) durant une période déterminée (par exemple cinq années). Il lui demandera, en échange, de respecter les modes de fonctionnement des populations locales.
Dans ce type d’État, le gouvernement central et le Parlement central ne garderaient que des fonctions régaliennes : la représentation étrangère, le ministère de la Défense nationale, le Trésor public, le ministère de la Solidarité interrégionale et les ministres dont les compétences n’ont pas été, provisoirement, récupérées par les régions. 
Chaque région aura son exécutif et son Parlement qui permettront une gestion démocratique de proximité que l’on renforcera par la révocabilité des élus dans les cas où le contrat qui les lie à leurs électeurs n’a pas été respecté. 
Dans l’État-régions, seules les richesses naturelles sont partageables au prorata des populations. Les richesses créées par l’homme restent propriétés des régions. Néanmoins, le ministère de la Solidarité interrégionale se chargera de la péréquation pour éviter qu’une région ne sombre dans la pauvreté.
Ces régions naturelles qui ont toutes les compétences (sauf les régaliennes) auront toute autonomie et seront pleinement responsables de leur destin.

En guise de conclusion

En ce jour, nous pouvons dire qu’il y a une belle avancée, mais le plus difficile reste à faire. Le système ne s’est pas écroulé et il est loin de l’être. Il a toujours su se régénérer à partir d’une mixture idéologique qu’il a largement essaimée par le biais des institutions de formation des consciences, prises en otage depuis l’indépendance.C’est dire que le chemin qui reste à faire est encore bien long. Le chef de l’État a démissionné sous la pression populaire mais aussi puissant soit-il, un homme ne fait pas un système. 
Nous avons expliqué, plus haut, que la rupture avec le passé passe par l’effacement de tout ce qui se rapporte au jacobinisme d’origine coloniale, à l’arabo-islamisme qui nous est totalement étranger en tant que doctrine et au militarisme d’État.Il faut, pour cela, devoir rédiger une autre Constitution qui institue la pleine citoyenneté à tous les Algériens. Pas un seul individu ne doit se sentir étranger dans son propre pays. Plus clairement, chaque minorité qu’elle soit culturelle, linguistique, cultuelle, sexuelle… doit absolument avoir les mêmes droits que la majorité. Rien de cela ne peut se faire sans un changement de la nature de l’État. Toute nation est naturellement traversée par des axes d’hétérogénéité. 
Un État comme celui que nous connaissons jusque-là (fortement centralisé et fortement idéologisé) ne peut régler les conflits interrégionaux, ordinaires dans un pays aussi vaste et aussi diversifié que l’Algérie. En optant pour un État-régions, nous rejoindrons tous les pays modernes. Longtemps, on nous a fait croire aux dangers du régionalisme. La vérité est que le pouvoir, par la centralisation, garde une omnipotence et une omniprésence sans partage sur toute la nation. Tout le pays travaille pour le cœur du système. Ce type de système se pérennise, entres autres, en générant des conflits au sein des populations. 
Ce qui échappe à l’administration centrale, les corrompus et corrupteurs, souvent clients du système, se chargent de le faire. Nous avons eu à le vérifier, à nos dépens, durant des décennies. Voilà pourquoi, me semble-t-il, il faut casser le mythe de l’unité qui n’est autre qu’une unité de façade. Une nation civilisée est une nation capable de garantir des compromis. 
C’est la raison pour laquelle les grandes questions, dont j’ai parlé plus haut, doivent être débattues sans attendre. Cela facilitera grandement la construction d’un nouveau système qui reconnaît la diversité. L’émoi ne doit pas nous guider. La rationalité et le pragmatisme doivent l’emporter sur nos sensibilités, bien humaines. 
Nous pourrions alors construire une grande nation qui pourrait jouer dans “la cour des grands”. Une nation administrée par un État qui garantisse l’inter-tolérance, qui mènera une politique sociale juste et une économie performante basée sur la création de richesses et non plus sur l’exploitation des ce que la nature nous offre et qui a nécessairement une fin. 
Nous avons, pour cela, une jeunesse qui a su montrer, en ces moments de crise, des capacités insoupçonnées jusque là. Il faut aussi promouvoir la méritocratie, juste prix de l’effort consenti. Notre nation pourrait s’ouvrir, rapidement, vers une nouvelle Afrique du Nord qui est un existant historique à reconquérir. N’oublions pas que les frontières qui nous séparent n’ont d’existence que depuis les conquêtes coloniales. 
Une Afrique du Nord des régions, résolument méditerranéenne, s’ouvrant sur les pays sahéliens, est un rêve réalisable à moyenne échéance. Nos jeunes n’auront plus à risquer leur vie à la recherche de paradis fictifs.

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